L'EPILEPSIE


Extraits du livre "Cannabis : Médecine interdite"

Editions du Lézard

Lester Grinspoon et James Bakalar

L’épilepsie est un phénomène qui résulte d'une décharge spontanée et incontrôlable se produisant au niveau d'un groupe de cellules nerveuses, les neurones (le foyer épileptique), décharge qui provoque une crise. Dans le cas de l'épilepsie tonico-clonique, dite de «Grand Mal » ou généralisée, les anomalies dans le cerveau sont bilatérales et la décharge se traduit par des convulsions (spasmes musculaires violents). Dans le cas des crises dites d'« absence » ou de «Petit Mal », la décharge généralisée dans le cerveau provoque une perte de connaissance, mais pas de convulsions. Les crises partielles résultent d'une décharge anormale dans une région isolée du cerveau et peuvent être ou non accompagnées d'altérations de l'état de conscience.

 

Les crises partielles avec modification de l'état de conscience sont dites complexes. Elles sont dues à une lésion au niveau des lobes temporal ou frontal du Cortex cérébral. On parlait jadis de crises psychomotrices dans la mesure où les symptômes se manifestent notamment dans l'activité motrice (grimaces et mouvements répétitifs de la bouche ou de la main sont particulièrement courants). Lorsque la surexcitation ne concerne qu'une toute petite région du cerveau, le patient épileptique peut ressentir une étrange sensation de « déjà vu », de vertiges, de crainte ou alors, sentir une drôle d'odeur. Cette expérience, ou «aura», peut annoncer une crise partielle complexe, mais pas nécessairement.

Les anticonvulsivants constituent la principale thérapeutique de l'épilepsie, mais ces médicaments ne sont efficaces que dans 75 % des cas environ. Les crises partielles et l'épilepsie du lobe temporal en particulier sont difficiles à traiter avec des anticonvulsivants traditionnels. En outre, les anticonvulsivants peuvent avoir des effets secondaires graves, dont un ramollissement osseux, une anémie pernicieuse (réduction de la production de globules rouges), une hypertrophie gingivale et des troubles émotifs. Les surdoses ou les réactions idiosyncrasiques peuvent provoquer un nystagmus (mouvement rapide et incontrôlable du globe oculaire), une perte de coordination motrice, un coma, voire la mort.

Même si les propriétés anticonvulsivantes du cannabis sont connues depuis des temps anciens déjà et ont été étudiées dés le XIXe siècle, l'utilisation de cette drogue à des fins thérapeutiques dans le traitement de l'épilepsie a été largement négligée au cours des cent dernières années. A une rare exception près toutefois, la contribution de J.P. Davis et de H.R. Ramsey publiée en 1949, deux auteurs qui ont analysé les effets de deux congénères du tétrahydrocannabinol sur cinq enfants internés, atteints d'épilepsie tonico-clonique, rebelles au phénobarbital et à la phénytoine (Dilantin®), les anticonvulsivants traditionnels. Dans trois cas sur cinq, il n'y a pas eu d'aggravation dans le cas du quatrième enfant, les crises ont presque complètement disparu, tandis que le cinquième n'a plus jamais eu d'attaques épileptiques.

A partir de cette date, on n'a plus rien trouvé sur ce sujet dans la littérature médicale, et ce jusqu'en 1975, date à laquelle un article décrivant un cas d'épilepsie tonico-clonique («Grand Mal») a été publié :

 

Ce jeune homme de vingt-quatre ans souffrant de crises épileptiques consulte un centre de neurologie depuis huit ans. Il a eu des convulsions fébriles dés l’âge de trois ans et souffre de crises épileptiques depuis l'âge de seize ans. Le patient prend du sodium de diphényIhydantoine (phénytoine), à raison de cent milligrammes quatre fois par jour et du phénobarbital, à raison de trente milligrammes quatre fois par jour. Mais cette thérapeutique ne parvient pas à le débarrasser complètement de ses crises, et le patient indique avoir une attaque tous les deux mois environ. Entre l'âge de seize et vingt-deux ans, la fréquence des crises est passée de une par mois à une par semaine.

À l'âge de vingt-deux ans, le patient a commencé à fumer du cannabis (entre deux et cinq joints par soir) tout en continuant de prendre les médicaments anticonvulsivants prescrits. Il a constaté que le chanvre seul ne suffisait pas, puisqu'à deux reprises il a manqué de médicaments et a tout de même eu une crise épileptique trois à quatre jours après la prise du dernier comprimé.

 

Dans le cadre d'une étude ultérieure, on a administré à un groupe de seize patients atteints d'épilepsie de Grand Mal et ne répondant pas bien aux traitements, une dose de deux cents à trois cents milligrammes de cannabidiol ou un placebo, en plus de leurs anticonvulsivants. Au bout de cinq mois, dans le groupe ayant consommé du cannabidiol, on a constaté une amélioration totale chez trois patients, partielle chez deux d'entre eux et mineure chez deux autres ; dans un cas, il n'y a eu aucun changement. Le seul effet secondaire qu'on a pu noter a été une légère sédation. Parmi les patients ayant pris le placebo, il n'y a eu d'amélioration notable que dans un cas, tandis que l'état des sept autres est resté inchangé. Les chercheurs en ont conclu que, pour certains patients, le cannabidiol, associé aux médicaments anticonvulsivants traditionnels, peut contribuer à maîtriser les crises. On ne sait pas dans quelle mesure le cannabidiol administré seul, à hautes doses, pourrait être d'une quelconque utilité.

 

Même si le corps médical continue de ne manifester que peu d'intérêt à ce sujet, les épileptiques sont de plus en plus nombreux à découvrir l'utilité du chanvre. Carl Oglesby souffre de crises partielles complexes, qui prennent naissance dans le lobe temporal pour se propager ensuite, tout en restant relativement focales :

 

En 1972, à l'âge de trente-sept ans, j’ai découvert que le chanvre agissait sur les crises dont je souffrais depuis mon adolescence et contre lesquelles je n'avais trouvé aucun médicament légal. Peu de temps après, je me suis mis à consommer quotidiennement. Aujourd'hui, ne voulant plus risquer d'avoir des problèmes avec la justice, j’ai décidé de trouver un autre moyen de faire face à mon problème.

J'ai eu ma première crise épileptique vers l'âge de quinze ou seize ans, et je n’ai pas cessé d'en avoir depuis. J'ai cinquante-quatre ans. Je peux avoir entre une demi-douzaine à une douzaine de crises par jour. Elles sont d'une durée variable (cela va de trente secondes à une minute) et d'intensité inégale. Les choses se passent toujours en deux étapes. D'abord, iI y a le stade du déclenchement ou de "l'aura", puis, dans un deuxième temps, le spasme facial qui marque le point culminant de la crise. Le premier signe avant-coureur de la crise est une sensation subtile que j'éprouve de façon physique, une impression très étrange, tout à fait désagréable, de légèreté, une sorte de picotement intérieur légèrement étourdissant et lancinant. Au début, la sensation est concentrée au niveau de la poitrine, puis elle se propage à la tête en quelques secondes et envahit l'intégralité de mon activité mentale. C'est-à-dire que je peux encore parler et suivre un raisonnement, mais cela me demande un effort particulier en raison de cette sorte d’inquiétude totale, quoique discrète, que je ressens. Pendant la crise, je suis conscient de certaines manifestations physiques extérieures qu'il m'est impossible de contrôler. Je sens mes narines frémir, mes yeux danser et briller, ma voix se raidir et prendre un ton chaotique et aberrant, mon diaphragme se contracter, ma respiration devenir irrégulière et je me sens vaguement désorienté. C'est comme si mon corps tout entier était pris d'une sorte d'excitation, presque agréable d'ailleurs, mais sans aucun motif. Il est toujours déconcertant de perdre ainsi la maîtrise de son propre corps ; c'est une expérience qui ressemble vaguement à ce qui se passe quand un sentiment d'allégresse devient une source d'impuissance et de terreur. La crise en tant que telle est comme le crescendo de l'aura, dont elle est en partie l'intensification. Mais sa composante essentielle, cependant, reste ce grand sourire irrésistible qui s'empare de toute la partie droite de mon visage, mais pas de la gauche. Toutes les autres manifestations de la crise, à ma connaissance, sont bilatérales. J'ai les deux yeux qui brillent, les deux parties de mon diaphragme qui se contractent, les deux narines qui frémissent. Il n'y a que ce rictus qui n'intéresse que le côté droit de mon visage, qui est le point de départ de la crise, le point à partir duquel s'amorce la fin de la phase de l'aura. Ce stade de l'aura est assez facile à dissimuler, mais en revanche ce rictus est pour moi très socialement pénalisant. La seule façon pour moi de le dissimuler consiste à cacher mon visage ou faire en sorte de détourner l'attention pour qu'on ne me regarde pas.

 

Quand j'ai eu ma première crise, je ne parvenais pas à comprendre ou à m'expliquer ce qui m'arrivait. D'ailleurs, j'avais trop honte pour demander de l'aide. Mes parents, des gens assez simples au demeurant, me grondaient quand ils voyaient apparaître sur mon visage ce qu'ils appelaient mon "sourire imbécile". Quand j'ai essayé d'expliquer la chose à mes amis, ils m'ont dit que si j'avais envie de rire, je n'avais qu'à le faire. Je n'arrivais pas à leur faire comprendre que je n'avais pas envie de rire du tout ou plutôt que oui, j'avais envie de rire, mais c'était une sensation qui m'envahissait, qui me dépassait, qui me donnait l’impression qu'elle venait d'ailleurs et qui n'avait absolument aucun rapport avec une pensée, une perception ou une motivation ordinaire. Je n'avais aucun moyen de faire comprendre aux gens cette 'étrangeté" de la crise, cette impression d'être le jouet de facteurs extérieurs à la conscience.

 

Alors j'ai laissé tomber, j'ai décidé, dans la mesure du possible, de garder pour moi cette maladie honteuse, mon sourire imbécile et j'ai mis au point tout un arsenal de méthodes de dissimulation. Je me félicite de ne pas être devenu trop renfermé. J'ai participé aux débats au lycée et au collège, j'ai trouvé un travail qui me permettait de rester en contact permanent avec d'autres gens et, plus tard, alors que j'étais au début de la trentaine, j'ai joué un rôle capital en tant que président de la SDS (Students for a Democratic Society) contre la guerre du Vietnam. Je suis même monté sur les planches à plusieurs reprises quand j'étais encore au collège. C'est une expérience qui m'a énormément plu, même si j'ai dû finir par admettre qu'il m'était devenu impossible de jouer la comédie à cause de mes crises d'épilepsie.

 

Si une crise s'annonçait à un moment particulièrement inopportun, ce qui arrivait constamment, j’avais toute une série de réactions possibles. Si j'avais la parole à ce moment-là, j'essayais de détourner l'attention d'une manière ou d'une autre, souvent simplement en posant une question à quelqu'un. Si nécessaire, je faisais semblant de m'étouffer un peu, je prenais un verre d'eau et je m'en servais pour m'aider à dissimuler mon rictus. Dans d'autres contextes, je feignais de découvrir un morceau de pomme bloqué dans l'une de mes molaires supérieures, du côté droit bien sûr. Seuls mes amis les plus proches étaient mis dans la confidence et savaient que j'avais un problème. Plus tard, j’ai eu vent de théories qui semblaient pouvoir expliquer ou du moins servir de base à une interprétation de mes crises, en particulier ce courant de freudisme incontournable dans les années cinquante et soixante. Pendant longtemps, j’ai pensé que mon sourire imbécile était d'origine psychosomatique et que je pourrais un jour aller au fond des choses et en comprendre la raison, voire m'en débarrasser, quitte à faire une psychanalyse. Mais avant même que j'ai eu le temps d'approfondir cette éventualité, un médecin qui avait toute ma confiance m’a convaincu : a) que ces crises relevaient probablement d'une forme d'épilepsie et b) que les méthodes que j'avais mises au point pour faire face au problème étaient probablement tout aussi sensées que n'importe quelle autre thérapeutique qu'aurait pu me fournir la médecine.

 

Comme beaucoup d'autres dans les années soixante, j'avais de nombreuses occasions de fumer du chanvre, mais pendant plusieurs années, j'ai résisté à la tentation. En tant que membre du bureau national de la SDS, je me sentais plus ou moins obligé de ne pas jeter le discrédit sur l'organisation dont je faisais partie ; en outre, la SDS avait pris fermement position contre le chanvre et ce, suite à mes propres conseils. Enfin, contrairement à la plupart des membres de la base du mouvement, j'étais le père de trois enfants envers lesquels je savais avoir les responsabilités normales d'un parent, telles qu'on les comprenait dans les années cinquante aux Etats-Unis.

Mais vers 1970, la SDS ayant disparu, la direction du mouvement contre la guerre ayant changé de mains et mes prétentions au rôle de père ayant été victimes d'un divorce et d'une séparation, ma curiosité l'a emporté sur tout le reste et j'ai commencé à fumer du chanvre avec des amis. Je n'ai pas tardé à me rendre compte que mes crises disparaissaient comme par enchantement quand j'étais «parti». Au bout de quelques bouffées, j'étais tout simplement libéré pendant deux ou trois heures de l'aura et du terrible rictus sur lequel elles finissaient toujours par déboucher.

 

J'aimais aussi l'effet euphorisant du chanvre en tant que tel. Contrairement à ce qui se passait avec l'alcool, la substance ne menaçait en rien la maîtrise de soi. En fait, je dirais même qu'elle améliorait ma capacité à parler de façon impromptue. Ce seul effet n'aurait jamais suffi à faire de moi un usager régulier, puisque l'idée même de fumer continuait de me déplaire. Mais la capacité du chanvre à me libérer de mes crises m'a conduit à en faire un usage régulier.

 

Il y a de cela plusieurs mois, j'ai pris la décision de renoncer à cette forme d'automédication et de subir tout simplement les conséquences de mes crises, plus tolérables aujourd'hui qu'elles ne l'étaient dans les années soixante-dix, parce je suis beaucoup moins souvent appelé à parler en public. Je continue cependant à faire une douzaine de conférences par année. Quoi qu'il en soit, la survenue d'une nouvelle crise est toujours pour moi un moment affligeant et, jusqu'à un certain point, décourageant. J'ai donc décidé de faire appel à des professionnels pour essayer de trouver une solution praticable, sûre et légale à mon problème.

 

Gordon Hanson est âgé de cinquante-trois ans et souffre non seulement d'épilepsie tonico-clonique («Grand Mal»), mais aussi d'«absences». La phénytoine (Dilantin®), la primidone (Mysoline®) et le phénobarbital parviennent en partie à limiter les crises, mais génèrent de graves effets secondaires. Voici son histoire :

 

Il est beaucoup plus facile pour moi de me remémorer les années qui ont précédé la remise de mon diplôme de fin d'études secondaires au lycée que de repenser à cette froide journée de septembre 1956. Dans le soleil couchant, je me dépêchais de remplir mon seau de canneberges rouge vif et de rentrer chez moi parce que les journées se faisaient de plus en plus courtes. Je me souviens des vents du nord qui balayaient les feuilles mortes. J'avais ce jour-là des sentiments partagés. Pour la première année, il n'y aurait pas de rentrée scolaire pour moi, mais je ne savais pas ce que me réservait l'avenir.

 

Rentrer à la maison pour le dîner était toujours un moment de bonheur pour moi, comme pour mon fidèle fox-terrier. Nous habitions le Minnesota, une joie que j’avais failli ne pas connaître. J'étais le dernier de huit enfants, né en 1938 de parents qui avaient quitté leur Scandinavie natale au début du siècle pour émigrer aux Etats-Unis. Ma mère avait quarante-neuf ans à l'époque et mon plus jeune frère en avait neuf. Mes parents étaient heureux, malgré quelques problèmes financiers. Mon père, comme tous les voisins, tirait de sa petite exploitation agricole laitière un revenu modeste. Ce soir de septembre, j’avais très sommeil et je suis allé me coucher avant vingt-deux heures. C'est au réveil que j'ai vécu cet épisode décisif de confusion et de dépression, suivi de nausées, de maux de tête ; tous mes muscles étaient particulièrement endoloris. Mes parents, mes frères et sœurs, tout le monde était au pied de mon lit, l'air inquiet. Dés le jour levé, on m'a amené voir le médecin de la famille, à Baudette. Son diagnostic n'a fait que renforcer mon sentiment de terreur et de frustration. Moi, épileptique ? Comment était-ce possible ?

Nous avons tout fait pour que la chose ne s'ébruite pas. Au fil des ans, des crises imprévisibles de Petit Mal ont fait leur apparition, tandis que les crises de Grand Mal, quoique moins fréquentes, se produisaient tout de même, précédées de terribles signes précurseurs. J'entendais des bruits, j'étais tout à coup incapable de parler et enfin, je ressentais cette paralysie progressive qui s'étendait lentement à toutes les parties de mon corps. C'est uniquement au moment de revenir à moi que je m'apercevais des blessures que je m'étais infligé. Il n’était pas rare en effet que je me brûle ou que je me casse quelque chose, mais c'est le sentiment d’une profonde dépression qui était le plus persistant.

 

Les différents mélanges de médicaments qui m'ont été prescrits, notamment le Dilantin, la Mysoline et le phénobarbital, ont certes réussi à réduire le nombre des crises, mais n'ont absolument pas réglé le problème. Il arrivait souvent que je sombre pendant des jours et des jours dans une tristesse profonde, que l’on attribuait bien entendu à l'épilepsie. Mais personne ne m'avait dit que les médicaments que je prenais pour empêcher les crises avaient des effets secondaires désagréables. J'ai bu pendant quelques années, mais la fuite dans l'alcool n'a été que de courte durée. Enfin, j'ai rencontré une fille que j’ai voulu épouser, mais par crainte d'être rejeté par elle, je ne lui ai pas parlé de mes problèmes d'épilepsie avant notre mariage.

 

Notre jeunesse et la fille qu'elle m'a donnée nous ont procuré un petit répit et mis à l'abri de la souffrance pendant quelque temps. Mais les besoins matériels sont devenus de plus en plus difficiles à satisfaire, et les crises plus fréquentes. Ma femme s'est mise à boire, elle aussi, pour fuir une personne dont elle avait désormais commencé à craindre les étranges crises et les sautes d'humeur persistantes. Il régnait dans la maison un climat qui rappelait étrangement le roman Dr Jekyll et Mr Hyde. Le penchant de ma femme pour l'alcool et la façon dont j'y réagissais n'ont fait que nous rendre plus malheureux, malgré de brefs épisodes de bonheur qui nous ont été apportés par la naissance d'une autre fille et d'un fils au début des années soixante. Mes crises se faisaient de plus en plus fréquentes, et mes problèmes d'argent s'aggravaient.

 

Vers la fin des années soixante, j'ai eu pas mal de problèmes avec la justice. Au début des années soixante dix, les enfants nous ont été provisoirement retirés. Le tribunal nous a ordonné d'aller voir un conseiller matrimonial, qui m'a suggéré d’essayer le chanvre pour lutter contre l’effet déprimant du phénobarbital, tout en continuant d’empêcher les crises. J'ai commencé par trouver cette proposition absurde, dans la mesure où je pensais, comme la majorité de la population, que le chanvre était une drogue dont il ne fallait parler qu'à voix basse, "Le Diable' en personne, quoi !

 

Dieu merci, j'ai entrepris certaines lectures et je me suis également renseigné auprès d'autres sources, notamment à l'université du Minnesota. C'est alors que j'ai appris que le chanvre avait été utilisé à des fins médicales au cours des siècles passés et je me suis mis à en fumer régulièrement.

 

En 1976, j'ai réduit de moitié environ mes doses de phénobarbital, de Dilantin et de Mysoline. Les crises s'étaient espacées et les sautes d'humeur étaient moins fréquentes, du moins tant que je prenais du chanvre. En 1976, j'ai été arrêté en possession d'une petite quantité de cette substance. Apres quoi, j'ai constaté qu'il m'était devenu plus difficile d'en acquérir. Le juge m'a demandé de voir un médecin, lequel n'a pas contesté l'efficacité du chanvre sur un plan médical, mais dans la mesure où nous avions affaire à une substance interdite par la loi, il m'a suggéré de prendre du Valium. Pendant deux ans, j’ai donc pris deux comprimés de Valium par jour, ce qui a fait de moi un véritable zombi ambulant. J'avais encore des voiles noirs devant les yeux.

 

En 1978, ma femme a été hospitalisée pendant trois jours après avoir absorbé du phénobarbital qu'elle avait confondu avec de l'aspirine alors qu'elle avait bu. J'ai alors décidé de jeter tout ce qui me restait de phénobarbital et de Valium. Mon esprit s'est éclairci après la période de sevrage. J'ai essayé de faire pousser des plants de chanvre au moyen des graines que j'avais accumulées cette saison-là. L'expérience fut plutôt réussie. Chaque année, on trouvait de nouvelles méthodes pour obtenir du chanvre de meilleur qualité, et le passé n'était plus qu'un mauvais souvenir. En 1982, j'avais assez de plants dans le jardin pour réduire encore plus mes doses de médicaments.

 

Les crises de Grand Mal avaient complètement disparu et celles de Petit Mal ne survenaient plus que quelques fois par années. Malheureusement, cet été-là, les représentants de l'ordre ont commencé à voir d'un mauvais œil ma culture de chanvre et j'ai été arrêté en possession de ce qu'ils ont qualifié d'une "quantité importante de drogue". J'ai continué de faire pousser mes plants en attendant l'issue d'une longue bataille juridique qui s'est terminée en 1985 par une peine d'emprisonnement de deux mois. Un autre médicament, le Tranxène (du chlorazépate, un anxiolytique et myorelaxant apparenté au Valium) m'a été prescrit, mais j'ai arrêté d'en prendre à hautes doses quand je me suis aperçu qu'iI avait à peu près les mêmes effets que le Valium.

En sortant de prison, j’ai recommencé à prendre du chanvre pour soulager les effets secondaires des médicaments et d’éviter les voiles noirs. Nous avions une vie de famille agréable et les années s'écoulaient tranquillement grâce aux quelques quarante plants de chanvre indien que me procurait en moyenne la nature dans mon jardin. J'ai pu réduire ma consommation de médicaments à une dose quotidienne de Dilantin et de Mysoline. Je n'avais plus que cinq crises de Petit Mal par an, voire moins, qui survenaient surtout l'hiver quand je manquais de chanvre. La vie est devenue beaucoup plus sereine pour nous tous.

 

En 1988, après une sécheresse, mes plants de chanvre sont devenus tout rabougris et j'ai été obligé de m'approvisionner dans la rue seulement quatre mois après la récolte. Les prix "au détail" étaient montés en flèche, à tel point que j'avais à peine les moyens de me procurer mes doses. Des amis m'ont aidé jusqu'à la saison suivante, mais je souffrais de nombreuses crises quand je ne trouvais pas de chanvre. Déterminé à ne plus jamais en manquer, j’ai décidé en 1989 de semer trois fois plus de plants. Je les élaguais pour qu'on ait l'impression qu'il s'agissait de petits plants de tomates touffus.

 

Vers la fin du mois de juillet, j'ai déterré un ou deux plants que j'ai mis à sécher dans notre vieille grange inoccupée. Le reste de mon histoire est le récit d'une catastrophe : cinq officiers de police ont débarqué un jour chez moi, tambourinant à ma porte avant six heures du matin et braquant leur pistolet sur nous tous, moi, ma femme et nos enfants. Mon fils a été licencié parce que les policiers ne l’ont pas laissé se présenter ce matin-là au bureau. Inutile de vous dire qu’ils ont emporté tout le chanvre . J'ai été libéré sous caution et durant des semaines j’ai revécu cet expérience en rêve. Ce qu’a été ma vie depuis ce jour là a dissipé tous les doutes que je pouvais avoir sur les vertus médicales du chanvre. Privé de lui, j'ai eu près de deux cents crises d’épilepsie, dont plusieurs de forme tonico-clonique.

Le 22 juin 1991, il s’est produit ce que j’avais toujours redouté. J’ai reçu un coup de fil de mon avocat à Minneapolis m’informant que je devais me présenter à la prison du comté de Roseau pour y purger une peine d'emprisonnement de six mois. Ma demande en appel a été rejetée par la Cour suprême du Minnessota.

Aujourd'hui, je suis enfermé dans cette cellule où aucune disposition concernant mon état de santé n'a été prise, c'est-à-dire que la cellule est isolée, je n'ai aucun moyen de communiquer avec le bureau du geôlier, et les deux prisonniers avec lesquels je partage ma cellule n’ont pas été informés de ce qu'ils doivent faire si j' ai une crise.

 

C’est étrange que de repenser au début des années soixante-dix, à ce conseiller matrimonial qui m'avait recommandé le chanvre au lieu des médicaments sur ordonnance. À présent, la loi m'a enlevé à ma femme et m'a mis en prison parce que j'ai suivi ce conseil qui avait pourtant eu pour effet de limiter mes crises et de nous rapprocher. A présent, la justice me force de nouveau à prendre des médicaments sur ordonnance. Je redoute les effets secondaires cumulatifs qui vont réapparaître et faire de moi ce personnage cauchemardesque qui a causé tant de malheur à sa femme et à sa famille. Je ne peux pas attendre de mon épouse qu'elle accepte une telle situation après la vie que nous avons vécue grâce à cette herbe merveilleuse de guérison que Dieu nous a aidés à découvrir. Apparemment, il semble que la seule alternative soit pour moi de ne plus prendre de médicaments du tout quand je sortirai d'ici, ce qui va se traduire par des souffrances inutiles, non seulement pour moi, mais aussi pour ma femme, qui va devoir faire face aux dépenses et aux périodes de dépression qui leur succèdent. Je ne peux que prier pour que notre gouvernement reconnaisse enfin les vertus thérapeutiques du chanvre d'ici à ma libération. Sinon, je ne peux pas attendre de ma femme, Connie, qu'elle veuille de moi à la maison.

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